La dentisterie holistique par Estelle Vereeck
Dernière modification le 28-03-2009
Par Estelle Vereeck, Docteur en chirurgie-dentaire, auteur d'ouvrages sur les dents
Alors que dans de nombreux
pays (Canada, Suisse, pays scandinaves), les hygiénistes dentaires font partie
intégrante de l'équipe de soin et secondent les dentistes dans la mise en œuvre des techniques de prévention, en France, la profession d'hygiéniste n'existe pas.
Ce rôle est dévolu au chirurgien dentiste, seul habilité par la loi française à travailler en bouche.
Question à la ministre de la santé
Le sénateur Jean-Louis Masson interpellait récemment Madame la ministre de la santé à propos de la profession d'hygiéniste dentaire qui n'est toujours pas reconnue en France (question écrite n° 04278, publiée dans le JO Sénat du 01/05/2008 - page 862). Sachant que "ces techniques de prévention pourraient faire baisser le nombre de caries, donc le nombre de plombages dentaires et ainsi améliorer la santé publique", monsieur Masson demande à madame la ministre ses intentions au sujet de la possibilité de légaliser en France la profession d'hygiéniste.
"La mobilisation des professionnels de santé occupe une place majeure en la matière" a répondu madame la ministre qui ajoute "et, bien que la profession d'hygiéniste dentaire n'existe pas en France, une réflexion est en cours pour élargir les compétences des assistantes dentaires et les impliquer davantage dans la prévention, tant individuelle que collective".
Pas d'hygiénistes dentaires en France
On l'aura compris, l'officialisation de la profession d'hygiéniste n'est pas pour demain. Marquée par une longue tradition d'empirisme et de chalatanisme (des arracheurs de dents sans diplôme opérant en plein air sévissaient encore en France au début du XXe siècle), les instances dentaires françaises sont très vigilantes à ne laisser travailler en bouche qu'une personne titulaire du diplôme de chirurgien-dentiste. Ainsi une assistante dentaire n'a-t-elle (théoriquement) pas le droit d'exécuter des actes tels que prise d'empreinte, détartrage, pose ou retrait de bagues, etc., et ce même en présence du dentiste.
Ni temps ni argent pour la prévention au cabinet
Pour autant, le dentiste ne peut se démultiplier et le temps dédié aux soins reste prioritaire par rapport à celui consacré à la prévention. Si on ajoute que les soins prophylaxiques sont peu rémunérés et que l'enseignement de l'hygiène ne l'est pas du tout, on comprend qu'un dentiste ne puisse matériellement et financièrement pas se permettre de consacrer à la prévention le temps qui serait nécessaire, du moins dans le cadre d'un cabinet conventionné. Soulignons que de nombreux dentistes font néanmoins un travail remarquable dans le cadre de comités régionaux affiliés à l'UFSBD (Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire) en participant bénévolement à des programmes d'enseignement de l'hygiène dans les écoles.
Assistante dentaire ou hygiéniste
L'assistante dentaire peut-elle se consacrer à l'enseignement de l'hygiène et remplacer l'hygiéniste ? La question est posée, sachant que le rôle premier de l'assistante est de seconder le dentiste et que ses journées sont déjà bien remplies: accueil du patient, présentation du devis, encaissement des honoraires, nettoyage et stérilisation des instruments, aide au fauteuil, etc. Le temps consacré à l'enseignement de l'hygiène dentaire risque de pâtir des nombreuses activités et responsabilités qui incombent déjà à l'assistante. La solution serait d'employer une assistante exclusivement dévolue à ce rôle au sein de l'équipe dentaire. Mais dans ce cas pourquoi ne pas faire appel à un hygiéniste ? En outre, le contexte actuel de pénurie d'assistantes dentaires qualifiées rend peu réaliste la solution proposée par la ministre de la santé.
Enjeu de santé publique
D'après une étude récente, seuls 16% des Français se disent très bien informés sur la santé bucco-dentaire et le brossage en particulier. Reste 84% d'ignorants ou de mal informés sur des techniques qui pourraient pourtant à terme sauver leur capital dentaire et préserver leur santé. Plus de trois quart des français déclarent ne pas être suffisamment informés sur l'hygiène dentaire en général et le brossage en particulier. Un beau gâchi quand on sait que des caries en moins, ce sont autant d'obturations potentiellement toxiques comme les plombages, de dents dévitalisées et leurs effets secondaires en moins, autant de métaux nocifs ou d'implants en titane qui ne seront pas posés. La prévention d'aujourd'hui évitera demain bien des ennuis de santé liés aux dents soignées ou restaurées avec des matériaux inadéquats.
Pénurie de dentistes
La reconnaissance de la profession d'hygiéniste dentaire se justifie d'autant plus que la France est en passe de manquer de dentistes. Une étude effectuée par la DREES, Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, conclut qu'au rythme actuel des départs en retraite, on passera de 65 praticiens pour 100 000 habitants aujourd'hui, à 40 en 2030. Si rien n’est fait, l’offre de soins se dégradera fortement à partir de 2010 (lire à ce sujet Quand on ne pourra plus trouver de dentiste, sur le site des éditions Luigi Castelli). Il est illusoire dans ces conditions d'imaginer que le dentiste, saturé de demandes de soins, puisse se consacrer correctement à la mission de prévention qui est la sienne. Quant aux assistantes dentaires qualifiées, elles se font tout aussi rares.
La mise en place d'une politique de prévention dentaire responsable est un enjeu de santé publique. Elle passe par la reconnaissance d'un professionnel spécialisé, capable de seconder l'équipe soignante dans cette mission: l'hygiéniste dentaire.
Priorité à l'information
En attendant, il appartient à chaque patient de s'informer sur les techniques d'hygiène dentaire simples à mettre en œuvre pour préserver son capital dentaire. Pas moins de quatre rubriques sont consacrées au brossage dans le Pratikadent : brosse à dent, compléments au brossage, dentifrice, technique de brossage. Y sont développés d'autres sujets en lien direct avec la prophylaxie : gestion de l'acidité de la salive, source de nombreux maux, hygiène alimentaire, sans oublier les techniques de prévention chez l'enfant (scellement des sillons, application fluorée, etc.).
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Par Estelle Vereeck, Docteur en chirurgie-dentaire, auteur d'ouvrages sur les dents
Alors que dans de nombreux
pays (Canada, Suisse, pays scandinaves), les hygiénistes dentaires font partie
intégrante de l'équipe de soin et secondent les dentistes dans la mise en œuvre des techniques de prévention, en France, la profession d'hygiéniste n'existe pas.Ce rôle est dévolu au chirurgien dentiste, seul habilité par la loi française à travailler en bouche.
Question à la ministre de la santé
Le sénateur Jean-Louis Masson interpellait récemment Madame la ministre de la santé à propos de la profession d'hygiéniste dentaire qui n'est toujours pas reconnue en France (question écrite n° 04278, publiée dans le JO Sénat du 01/05/2008 - page 862). Sachant que "ces techniques de prévention pourraient faire baisser le nombre de caries, donc le nombre de plombages dentaires et ainsi améliorer la santé publique", monsieur Masson demande à madame la ministre ses intentions au sujet de la possibilité de légaliser en France la profession d'hygiéniste.
"La mobilisation des professionnels de santé occupe une place majeure en la matière" a répondu madame la ministre qui ajoute "et, bien que la profession d'hygiéniste dentaire n'existe pas en France, une réflexion est en cours pour élargir les compétences des assistantes dentaires et les impliquer davantage dans la prévention, tant individuelle que collective".
Pas d'hygiénistes dentaires en France
On l'aura compris, l'officialisation de la profession d'hygiéniste n'est pas pour demain. Marquée par une longue tradition d'empirisme et de chalatanisme (des arracheurs de dents sans diplôme opérant en plein air sévissaient encore en France au début du XXe siècle), les instances dentaires françaises sont très vigilantes à ne laisser travailler en bouche qu'une personne titulaire du diplôme de chirurgien-dentiste. Ainsi une assistante dentaire n'a-t-elle (théoriquement) pas le droit d'exécuter des actes tels que prise d'empreinte, détartrage, pose ou retrait de bagues, etc., et ce même en présence du dentiste.
Ni temps ni argent pour la prévention au cabinet
Pour autant, le dentiste ne peut se démultiplier et le temps dédié aux soins reste prioritaire par rapport à celui consacré à la prévention. Si on ajoute que les soins prophylaxiques sont peu rémunérés et que l'enseignement de l'hygiène ne l'est pas du tout, on comprend qu'un dentiste ne puisse matériellement et financièrement pas se permettre de consacrer à la prévention le temps qui serait nécessaire, du moins dans le cadre d'un cabinet conventionné. Soulignons que de nombreux dentistes font néanmoins un travail remarquable dans le cadre de comités régionaux affiliés à l'UFSBD (Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire) en participant bénévolement à des programmes d'enseignement de l'hygiène dans les écoles.
Assistante dentaire ou hygiéniste
L'assistante dentaire peut-elle se consacrer à l'enseignement de l'hygiène et remplacer l'hygiéniste ? La question est posée, sachant que le rôle premier de l'assistante est de seconder le dentiste et que ses journées sont déjà bien remplies: accueil du patient, présentation du devis, encaissement des honoraires, nettoyage et stérilisation des instruments, aide au fauteuil, etc. Le temps consacré à l'enseignement de l'hygiène dentaire risque de pâtir des nombreuses activités et responsabilités qui incombent déjà à l'assistante. La solution serait d'employer une assistante exclusivement dévolue à ce rôle au sein de l'équipe dentaire. Mais dans ce cas pourquoi ne pas faire appel à un hygiéniste ? En outre, le contexte actuel de pénurie d'assistantes dentaires qualifiées rend peu réaliste la solution proposée par la ministre de la santé.
Enjeu de santé publique
D'après une étude récente, seuls 16% des Français se disent très bien informés sur la santé bucco-dentaire et le brossage en particulier. Reste 84% d'ignorants ou de mal informés sur des techniques qui pourraient pourtant à terme sauver leur capital dentaire et préserver leur santé. Plus de trois quart des français déclarent ne pas être suffisamment informés sur l'hygiène dentaire en général et le brossage en particulier. Un beau gâchi quand on sait que des caries en moins, ce sont autant d'obturations potentiellement toxiques comme les plombages, de dents dévitalisées et leurs effets secondaires en moins, autant de métaux nocifs ou d'implants en titane qui ne seront pas posés. La prévention d'aujourd'hui évitera demain bien des ennuis de santé liés aux dents soignées ou restaurées avec des matériaux inadéquats.
Pénurie de dentistes
La reconnaissance de la profession d'hygiéniste dentaire se justifie d'autant plus que la France est en passe de manquer de dentistes. Une étude effectuée par la DREES, Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, conclut qu'au rythme actuel des départs en retraite, on passera de 65 praticiens pour 100 000 habitants aujourd'hui, à 40 en 2030. Si rien n’est fait, l’offre de soins se dégradera fortement à partir de 2010 (lire à ce sujet Quand on ne pourra plus trouver de dentiste, sur le site des éditions Luigi Castelli). Il est illusoire dans ces conditions d'imaginer que le dentiste, saturé de demandes de soins, puisse se consacrer correctement à la mission de prévention qui est la sienne. Quant aux assistantes dentaires qualifiées, elles se font tout aussi rares.
La mise en place d'une politique de prévention dentaire responsable est un enjeu de santé publique. Elle passe par la reconnaissance d'un professionnel spécialisé, capable de seconder l'équipe soignante dans cette mission: l'hygiéniste dentaire.
Priorité à l'information
En attendant, il appartient à chaque patient de s'informer sur les techniques d'hygiène dentaire simples à mettre en œuvre pour préserver son capital dentaire. Pas moins de quatre rubriques sont consacrées au brossage dans le Pratikadent : brosse à dent, compléments au brossage, dentifrice, technique de brossage. Y sont développés d'autres sujets en lien direct avec la prophylaxie : gestion de l'acidité de la salive, source de nombreux maux, hygiène alimentaire, sans oublier les techniques de prévention chez l'enfant (scellement des sillons, application fluorée, etc.).
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Mar 8 jui 2008
4 commentaires
Québécoise, je suis hygiéniste dentaire depuis 26 ans. J'ai pratiqué 2 ans en Suisse en 1986 et en 1989...Au début, mon métier n'était vraiment pas reconnu. Ce fût ardu de libérer le Québec d'une génération de prothèses complètes et de prévenir la suivante de la parodontie...J'ai dans ma clientèle vraiment beaucoup de français et leur état d'hygiène dentaire même chez les enfants est je peux le dire pitoyable. Ils ne savent pas se brosser les dents et ce n'est pas tous les jours non plus! On a un travail colossale à faire. Mais on a ça aussi avec une grande population de Serbes et Croates immigrés ici en 1990.
Mais l'habitude d'hygiène dentaire doit être prise avant l'âge de 6 ans je pense...changer un comportement adulte est difficile puisqu'il y a peu de douleur associé aux problèmes du péridonte.
Mais je crois que l'intégration d'hygiénistes dentaires dans vos cabinets changera les comportements d'hygiène dentaire...mais faut être patient...ça prend 1 ou 2 générations.
Denise Leclerc - le 04/08/2008 à 15h04
Merci beaucoup pour votre témoignage, Denise. Il y a effectivement un gros travail à faire, ici en France où les trois quart de la population s'avoue mal informée sur les questions d'hygiène
dentaire. Mais quand nos pouvoirs publics se décideront-ils à prendre les mesures qui s'imposent ?
Estelle Vereeck
Je suis obligée de me faire nettoyer les dents en Suisse, non remboursé. Je constate que la France est en retard , une fois de plus, par rapport à d'autres pays.
Millaray Lopez - le 31/08/2008 à 15h55
Suisse installé depuis quelques mois en France, je me rendais régulièrement auprès de l'hygiéniste dentaire lorsque je vivais en Suisse. Je pensais faire pareil en France mais à ma grande surprise j'ai effectivement constaté que la profession d'hygiéniste dentaire n'existe pas encore, ce qui est évidemment dommage. Je me suis rendu chez un chirurgien-dentiste pensant être soigné à ma convenance, mais le traitement effectué a duré 5/10 min au maximum (environ 30 min auparavant avec l'hygiéniste dentaire utilisant différents appareils et produits) et je suis ressorti du cabinet très déçu et avec le sentiment que les soins n'avaient pas été effectués de façon appropriée. Je suis maintenant désemparé, ne sachant où m'adresser pour me permettre d'effectuer un tel traitement ? Pour l'instant, je ne vois que la solution de profiter d'un prochain séjour en Suisse dans ma famille pour régler la question ou peut-être une autre possibilité existe ici en France ? Je suis conscient que ce n'est pas le rôle d'un chirurgien-dentiste d'effectuer un tel traitement et je souhaite que les sensibilités changent et que les mesures qui s'imposent à ce sujet soient décidées ou votées à court terme. Mis à part cela, je suis heureux de vivre en France :-)
Monnerat Daniel - le 17/11/2008 à 11h01
Les dentistes ne consacrent (en général, il y a des exceptions) qu'un temps très réduit au détartrage-polissage des dents car cet acte est très peu coté
par la sécurité sociale, donc très peu rémunérateur. Ceci pour vous expliquer le pourquoi du comment. En principe si, en l'absence d'un autre professionnel qualfié (hygiéniste par exemple), c'est
bien au dentiste que revient le rôle d'effectuer un tel traitement. Quant à trouver une solution, à moins de tomber par chance sur un dentiste qui accepte d'y consacrer du temps ou d'accepter
vous-même de rémunérer le dentiste à hauteur du temps passé, je ne vois pas de solution, hors celle de retourner en Suisse vous faire réaliser ce type de traitement.
Estelle Vereeck
Je suis hygiéniste dentaire québécoise pratiquant depuis plus de 20 ans et travaillant en Suisse depuis plusieurs années. Connaissant bien la France pour y avoir habité durant 3 ans et ayant un conjoint français, nous avons dû nous résilier a quitter ce pays pour la Suisse car ne pouvant pas y pratiquer mon métier.Plusieurs dentistes auraient bien aimé utiliser mes services, mais ce n'était légalement pas possible.Et pour ma part être assitante dentaire n'était pas valorisant ni payant (smic).J'ai vraiment pu réaliser les lacunes dans le système de la santé au niveau dentaire. Il n'y a rien d'instauré au niveau prévention et les gens ne vont chez le dentiste en principe que lorsqu'ils ont des douleurs.Tant que s'a restera comme ça, les frais seront énormes pour la sécurité sociale.Il faut que ça change... il faut évoluer!
Beaudoin Johanne - le 16/02/2009 à 13h04
Merci pour votre témoignage, Johanne. Vous mettez le doigt sur un problème bien français : l'absence de conscience préventive et de gestion à long terme
des problèmes de santé. J'espère de tout cœur que cela va changer et que ce site y contribuera, ainsi que mes ouvrages pour une prise de conscience de l'importance des dents pour notre santé sur
tous les plans.
Estelle Vereeck