Samedi 7 juin 2008
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Dernière modification le 04-07-2008
Par Estelle Vereeck, docteur en chirurgie dentaire, auteur d'ouvrages sur les dents
Respect de l'environnement oblige, le recyclage est à la mode. En dentisterie, cela fait longtemps que des laboratoires rachètent au poids du métal
les résidus d'amalgame dentaire n'ayant pu être insérés en bouche, ainsi que les couronnes en métal précieux ayant été déposées pour cause de vétusté.
Recyclage des bagues et attaches d'orthodontie
Certains laboratoires ont développé une activité peu connue mais lucrative : le recyclage des bagues et
attaches d'orthodontie. Encore appelés "brackets", ces dispositifs métalliques collés sur les dents sont en principe destinés à un usage unique, ainsi que les fabricants le mentionnent sur
l'emballage. Il est pourtant possible de les réutiliser à condition d'en confier le nettoyage à un laboratoire qui les débarrasse des résidus de colle, les repolit et leur donne même un coup de
brillant. Remises à neuf, les bagues et attaches sont placées dans la bouche d'un second patient, puis d'un troisième, d'un quatrième et ainsi de suite.
L'occasion au prix du neuf
On peut s'étonner que la pratique soit parfaitement légale car la loi considère qu'un dispositif orthodontique, à
condition d'être recyclé par un laboratoire agréé, est l'équivalent d'un dispositif neuf. Le plus aberrant est que la loi ne fixe pas de limite au nombre de recyclages autorisés. Une attache
recyclée dix fois est considérée comme aussi neuve qu'une attache n'ayant jamais servi. L'orthodontie est bien le seul domaine où il suffit de nettoyer et de redonner un coup de polish pour qu'un
matériel usagé soit considéré d'un point de vue légal comme équivalent à un neuf. S'il suffisait de retaper et de briquer la carosserie d'une voiture pour en faire un véhicule considéré comme
neuf, quelle aubaine ce serait pour les garagistes. D'après M. Muller, directeur d'un laboratoire de recyclage, la plupart des sociétés qui retraitent les bagues et attaches pour le compte des
orthodontistes travailleraient dans l'illégalité (voir le commentaire attaché à cet article).
À qui profite le recyclage des bagues et des attaches
Pas au patient qui paie pour un dispositif neuf et se voit poser à son insu un matériel d'occasion. En outre, les
performances des dispositifs recyclés n'égalent pas celle de matériels neufs, ce qui nuit à l'efficacité du traitement. Le recyclage augmente en outre la propension du métal à se corroder et par
conséquent la quantité d'ions métalliques libérés au contact de la salive. L'augmentation de la corrosion ne manque pas de poser divers problèmes, dont l'ingestion accrue de particules
métalliques avec une majoration du risque d'intoxication aux métaux (dont le nickel, hautement allergisant, le chrome, etc.). Les bagues recyclées sont
donc une source supplémentaire de pollution aux métaux lourds dont le patient est loin de se douter.
L'orthodontiste a en revanche tout à gagner d'un tel procédé. Le coût du recyclage est bien inférieur au coût d'une attache neuve. Quelques dizaines d'euros économisés par patient finissent par
faire une coquette somme à la fin de l'année, surtout pour un gros cabinet.
Qui porte des bagues recyclées
Il est impossible de savoir combien
d'orthodontistes font recycler leurs bagues et attaches. Il suffit cependant de taper dans un moteur de recherche internet les
mots "recyclage des bagues d'orthodontie" pour voir que la pratique, certes discrète, a pignon sur rue. En outre, d'après un orthodontiste, un numéro entier de la revue d'Orthopédie Dento-Faciale
a été consacré au recyclage, ce qui laisse augurer que la pratique est loin d'être marginale (voir le commentaire du Dr S. Laurent à la fin de
l'article L'orthodontie à visage
humain). De même, il est impossible pour un patient de savoir
s'il porte en bouche du matériel recyclé. Considérant qu'il s'agit d'un matériel équivalent au neuf, le législateur n'a pas jugé utile de rendre obligatoire l'information du patient à ce sujet.
N'est-ce pas le plus scandaleux ? L'idée de porter du matériel que d'autres ont gardé en bouche (deux à trois ans, voire plus) est pour le moins répugnante. On n'imagine pas recycler des
stérilets. Il est recommandé à chaque patient de demander à récupérer les bagues, attaches et fils pour
lesquels il a payé. Ils ne pourront ainsi pas être recyclés.
Pour ceux qui veulent du matériel neuf
Même si en matière de recyclage tous les procédés ne se valent pas et que certains offrent des garanties
supérieures aux autres (voir à ce sujet le commentaire de M. Muller, responsable d'un laboratoire de recyclage), il est
impossible pour le patient de savoir si ses bagues ont été recyclées et par quel procédé. Dans le doute, on se tournera vers des dispositifs non métalliques. Seules les attaches en plastique, non
recyclables, mettent à l'abri de ce risque. Cependant elles ont d'autres inconvénients, dont celui de se dégrader en bouche et ne conviennent pas aux molaires pour lesquelles les bagues sont
obligatoires. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les attaches en céramique se recyclent plus facilement encore que celles en métal.
Les appareils amovibles utilisés en orhodontie fonctionnelle sont fabriqués sur mesure à partir d'empreintes. D'autres systèmes à usage unique, type aligneurs en matériau de synthèse, peuvent remplacer les bagues et
attaches en métal avec succès. En outre, ils n'exercent pas de contraintes excessives sur la base du crâne, source d'importantes nuisances. Tous ces dispositifs alternatifs aux bagues sont expliqués avec leurs avantages et leurs inconvénients dans le livre Orthodontie, halte au
massacre qui détaille en outre les conséquences du recyclage (sur les
dents et la santé), ainsi que les aspects légaux de cette pratique.
Source : Orthodontie, halte au
massacre (présenté sur le site des éditions Luigi Castelli)
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