
Il existe trois voies de « recyclage », terme qui figure dans votre livre et sur vos sites et qui recouvre en fait trois pratiques que j’explicite en reprenant votre exemple des garagistes qui me paraît très pertinent:
-Le « recyclage » au sens strict. Les voitures fabriquées à partir de vielles carcasses de voitures broyées sont des voitures recyclées et pourtant, elles sont neuves et doivent satisfaire à toutes les normes. L’organisme qui les met sur le marché est un fabricant. L’entreprise qui dépose des métaux précieux sur des attaches et remplace après chaque utilisation ces métaux précieux est aussi un fabricant qui doit répondre aux normes et obtenir le marquage CE de ses produits pour les mettre sur le marché en Europe. Les attaches sont placées en classe IIa selon la règle 8 de la directive 93/42-CEE (disponible sur le site www.ortho-service.com), l’entreprise est auditée chaque année. Le niveau d’exigence est sensiblement le même que pour une AMM en pharmacie.
Une seule entreprise de « recyclage » travaille à ce niveau de qualité, Ortho Service. Le prix de la re-fabrication qui est réalisée à partir des attaches des praticiens se situe entre le prix des attaches neuves les moins chères et les plus chères (entre 0,8 et 1,5 € selon les options). Seules supportent ce processus, les attaches de haute qualité (vendues entre 2 et 15 €).
-La « remise à neuf ». Quand une pièce automobile est défaillante, le garagiste propose de la remplacer par une neuve ou par une pièce remise à neuve dans la cadre de ce que les professionnels appellent l’échange standard. La garantie est la même. La pièce est légèrement moins chère. L’entreprise qui met sur le marché des pièces en échange standard est « fabricant ». Il en va de même pour le laboratoire qui propose ce service aux praticiens. Ce laboratoire va au-delà du simple nettoyage, il réalise un contrôle qualité approfondi et garantit que le traitement se fera au même niveau qu’avec un produit neuf. Il est fabricant et certifié au même niveau que le fabricant d’origine. Il subit les mêmes audits. Ortho Service et Ortho Cycle assurent ce service.
-Le retraitement. Le garagiste nettoie le moteur, donne un coup de « polish » et remet la voiture sur le marché comme occasion. Le prix est très bas, à partir de 0,20 € soit trois fois de moins que l’attache la moins chère et 50 fois moins que l’attache la plus chère. Soyons clairs, il n’est pas possible en Europe ou aux Etats-Unis de retraiter une attache à 0,20 € ou d’en fabriquer une neuve à 0,50 €. Ces entreprises n’ont pas les moyens de se payer une certification EN 13485/marquage CE. L’AFSSAPS s’est prononcé sur la légalité du retraitement en ces termes :
« Vous avez saisi mes
services concernant diverses prestations nettoyage, contrôle, tri, marquage
d’attaches … Pour les praticiens».
Dans la mesure où cette
pratique s’applique à des produits prévus réutilisables par les fabricants,
elle constitue une prestation de service pour le compte des orthodontistes et
n’entre pas dans le champ d’application de la directive 93/42-CEE. En effet
, le marquage CE ne s’impose pas,
à nouveau, à ces produits prévus réutilisables…
En revanche, si les attaches
sont mises sur le marché par leur fabricant pour un usage unique, toute
réutilisation est interdite depuis la circulaire 669 du 14 avril 1986. »
Toutes les attaches actuellement mises sur le marché y compris celles recyclées par Ortho Service ou vendues neuves par la Société Orline que je dirige sont classées à usage unique. Mon expérience de 26 ans, mon travail comme vice-président de l’association Orthonorm me confortent dans le fait que le retraitement est l’affaire de spécialistes et doit s’exercer sous un contrôle très strict comme c’est le cas en Allemagne. Certaines sociétés françaises de retraitement possèdent la compétence pour répondre aux procédures allemandes. D’autres situées hors de France font n’importe quoi et sont à l’origine de risques pour les patients que vous mentionnez et que je ne peux que confirmer. Aucune société travaillant dans l’illégalité n’a été condamnée parce qu’il n’y a jamais eu de plainte de patient ou de revendeurs.
Il ne suffit pas pour condamner de dénoncer une infraction mais de prouver que celle-ci est dangereuse pour le patient ; les sociétés de retraitement ne manqueront pas de prétendre que l’usage unique est abusif.
J’en arrive au « déficit de la sécurité sociale ». La réutilisation est une goutte d’eau dans le marché de la réutilisation des dispositifs médicaux à usage unique en Europe. Si les recycleurs d’attaches sont attaqués et condamnés, la réutilisation sera interdite pour tous les autres dispositifs médicaux, tous classés plus dangereux que les attaches. Coût pour la protection sociale européenne : 5 milliards de $ par an soit plus de 800 millions d’Euros pour la sécurité sociale française. On comprend que l’ASFFAPS hésite à attaquer…
Concernant les bactéries et le nickel, je vous invite à consulter les études de pasteur et du CNRS sur les biofilms. Pour faire simple, quand on pose un dispositif neuf, on libère beaucoup de nickel pendant 15 jours plus très peu. Un biofilm se forme sauf sur les parties fortement brossées, les bactéries génératrices de caries s’installent se nourrissent de métaux (surtout le fer) et d’aliments et génèrent éventuellement des caries si l’hygiène n’est pas à niveau.
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Nous adhérons aux principes de la charte HONcode. Vérifiez ici. |
La société Ortho service propose de transformer des attaches non réutilisables en attaches réutilisables en déposant plusieurs couches de métaux précieux formulées pour éviter la corrosion galvanique (procédé breveté) et en les remplaçant entre chaque utilisation. Les attaches sont contrôlés individuellement et celles qui présentent un défaut sont éliminées. Les attaches sont remises sur le marché comme brackets neufs avec un marquage CE en classe IIa conformément à la Directive. Ce procédé permet aux orthodontistes exigeants d'acheter des brackets de très haute qualité (entre 5 et 15 €) et permet un traitement de haut niveau y compris pour les patients en CMU. Le niveau de qualité d'une attache traitée par Ortho service est supérieur au neuf en terme de biocompatibilité (barrière à la libération de nickel allergisant et de chrome ou cobalt qui participent à la surcharge métallique de l'organisme). Elle est aussi supérieure à une attache neuve au niveau de la rétention par création de micro rétention. Enfin une attache couverte d'or, de rhodium ou de palladium réduit la présence de biofilm favorisant l'apparition de caries (les bactéries se nourrissent de fer et de nickel). Le coût du recyclage des attaches par Ortho service est jusqu'à deux fois supérieur à celui des brackets neufs bon marché (1€ contre 0,5 € pour les brackets en provenance des pays d'extrême orient de piètre qualité). Du fait de l'augmentation du coût des métaux précieux, Ortho service ne réalise pratiquement pas de bénéfices à l'inverse des sociétés qui se contentent de tremper les attaches dans un produit chimique puis de donner un coup de brillanteur et n'accepte pas l'amalgame qui est fait entre son activité et celles des laboratoires de recyclage qui n'ont pas la même éthique et qui profitent d'un marché qu'elle a créé en Europe voici 26 ans. Ortho service travaille pour des Orthodontistes du monde entier. Tous ses clients ne recyclent pas leurs brackets. Certains font revêtir leurs attaches ainsi que tout l'appareillage (bagues, arcs...) pour éviter le risque allergique ou de largage de métaux souvent sur demande du patient ou d'un allergologue ou selon le principe de précaution. Ortho service travaille aussi pour des fabricants de brackets neufs, en particulier pour les brackets revêtus d'or jaune pour certains pays (Brésil, Arabie saoudite...). La France ne dispose pas de fabricants et les revendeurs américains nous vendent les brackets à des prix plus élevés qu'à d'autres pays. Le recyclage permet d'éviter l'explosion de prix de vente des brackets (les fonds de pension américain réclament toujours plus de profit). Chaque année le recyclage permet d'éviter d'aggraver le déficit de la sécurité sociale ou de restreindre les traitements aux personnes riches.
Ortho service est la seule société européenne proposant un recyclage légal comme fabricant. Il existe une autre société aux USA qui respecte la directive, la société Ortho cycle.
Aucune des autres société de recyclage ne peut revendiquer le caractère "neuf" ou "remis à neuf" selon la directive. Elles ne sont pas certifiées ISO13485/marquage CE en classe IIa. Une certification ISO 9001 est un premier pas mais ne suffit pas parce qu'elle n'intègre pas les exigences spécifiques au domaine médical (traçabilité, décontamination).
ll est hélas exact que certains praticiens achètent des attaches de piètre qualité et les recyclent en Amérique du sud ou en pour quelques centimes d'euros par l'intermédiaire de boites à lettre situées dans des pays européens à faible fiscalité. Le travail est réalisé par des ouvriers payés 80 euros par mois alors que la société Ortho service emploie du personnes hautement qualifié payé 20 fois plus cher. C'est un scandale que nous dénonçons depuis 15 ans. Les brackets sont de piètre qualité, le recyclage chimique active le métal et le pourcentage de métaux libérés en bouche est très élevé.
Les attaches céramiques sur le marché voici 10 ans n'étaient pas recyclables. la rétention se faisait par du silane. Malheureusement, la céramique étant rigide (contrairement au métal). La dépose entraînait des fractures de l'attache ou de prismes d'émail dentaire ce qui était catastrophique. Dans au moins un cas répertorié la dent a été fracturée. Nous avons dissuadé nos clients de les utiliser dès leur arrivée sur le marché et avons dénoncé les risques. Ces attaches ne sont plus utilisées. Les attaches céramiques actuelles sont à rétention mécanique et se recyclent bien plus facilement que les brackets métalliques.
Les seules attaches non recyclables sont les attaches en plastique. La plupart se dégradent en bouche. La dépose de certaines attaches céramiques très rétentives suppose une grande expérience pour ne pas abîmer la dent. Nous ne sommes pas d'accord de les recommander aveuglément.
Les officines de recyclage qui ne respectent pas l'usage unique revendiqué par les fabricants prétendent que cet usage unique est "abusif". La directive révisée a donné jusqu'au 5 septembre 2010 aux fabricants pour justifier l'usage unique. A compter ce cette date le recyclage des attaches sera libéré pour tous, interdit ou réservé à des laboratoires certifiés ISO 13485.
En nous apprenant que "les bactéries se nourrissent de fer et de nickel", il nous donne une information des plus intéressantes dans la mesure où le nickel est un métal omni-présent en dentisterie. Pour ceux que cela intéressent, voir l'article consacré au nickel. Nous apprécierions si monsieur Michel Muller voulait bien nous fournir des références bibliographiques à ce sujet.
En revanche, lorsqu'il écrit : "Chaque année le recyclage permet d'éviter d'aggraver le déficit de la sécurité sociale", nous ne sommes pas d'accord avec cette affirmation. En effet, la sécurité sociale rembourse un forfait, toujours dépassé par les orthodontistes. De plus, en quoi est-ce un gain pour le patient dans la mesure où les orthodontistes ne consentent pas de réduction aux patients à qui ils posent du matériel recyclé ?
Nous prenons note que monsieur Muller affirme que des sociétés de recyclage travaillent dans l'illégalité. Pourquoi ne sont-elles pas condamnées ?
Nous prenons également note que la société de monsieur Muller emploie des procédés différents de celles de la plupart des "officines" de recyclage. Recouvrir des attaches avec une couche de métal précieux est certainement une amélioration par rapport à un "vulgaire" alliage à base de nickel. Nous attirons cependant l'attention sur le fait que l'emploi d'un métal précieux n'est pas une garantie d'innocuité. Certaines personnes sont allergiques à l'or, au palladium ou à un autre métal précieux, comme le montre le test Melisa qui révèle des intolérance à l'or ou au titane. D'autre part, poser des attaches plaquées avec de l'or dans une bouche contenant des amalgames est générateur de pluri-métallisme avec tous les effets que cela implique, liés à l'électrogalvanisme qui en résulte. Quid dans ce cas de l'intérêt de recourir à un plaquage tel que celui décrit par monsieur Muller, le remède risquant d'être pire que le mal? De par leur nature et leur potentiel d'oxydation, amalgame et or forment une association détonante dans une même bouche, comme expliqué dans le Pratikadent, à la rubrique Électrogalvanisme.
Même s'il est possible d'améliorer leur biocompatibilité sous certaines conditions, les attaches métalliques restent des solutions très imparfaites en orthodontie, d'autant que d'autres types d'appareilages existent (voir l'article).
Quoiqu'il en soit, rendez-vous est pris en 2010 pour le suivi de cette pratique.