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Dernière modification le 18-04-2008

L'interdiction du plombage au mercure ou amalgame dentaire par la Norvège à partir du premier janvier 2008 a bien failli passer inaperçue.

Heureusement, l'information, publiée sur Holodent dès le premier janvier 2008, s'est répandue comme une traînée de poudre dans le petit monde de la dentisterie, et a suscité quelques réactions*. Si vous interrogez votre dentiste, vous saurez à quelle réponse vous attendre.

Amalgame encensé
Tous les dentistes qui ont réagi via des forums, ont été unanimes à louer le plombage pour ses qualités mécaniques, sa fiabilité dans le temps et sa facilité de manipulation, ne lui concédant qu'un seul défaut: son manque esthétique. Ils n'ont pas manqué de souligner que le plombage est un matériau qui a l'avantage de voir son étanchéité s'accroître avec le temps (alors qu'à l'inverse, celle du composite tend à diminuer) et de louer ses effets anti-bactériens. Les faibles moyens techniques exigés pour poser un amalgame ont également été considérés comme un avantage, pour le praticien s'entend.

Composite critiqué
Nombre de dentistes ont dénoncé la mauvaise résistance du composite qui s'use et s'infiltre avec le temps, surtout quand il est posé sur des molaires. Le surcoût lié aux composites n'a pas manqué d'être souligné, alors qu'un amalgame, intégralement remboursé par la sécurité sociale, ne coûte rien au patient. D'autres ont renchéri sur le manque de fiabilité du composite qui exige du patient une hygiène dentaire exemplaire. Les intervenants ont été unanimes à dire que l'amalgame dentaire ne pouvait être remplacé, que ce soit par le composite, trop fragile ou par les inlays, trop coûteux.

Toxicité niée
En ce qui concerne la nocivité du plombage, les dentistes qui ont réagi à l'article n'y croient pas, faute, selon eux, de preuves concluantes. Selon un intervenant, le mercure resterait emprisonné à l'intérieur de l'obturation, tandis que pour un autre, les taux de mercure mesurés chez les porteurs de plombage n'auraient rien de nocif. Un autre praticien a estimé utile de rassurer ses patients en arguant que les plombages au mercure ne présentent aucun risque quand ils sont insérés en bouche et qu'ils ne posent problème que par rapport à l'environnement. Un autre s'est même offusqué de ce que l'on puisse prétendre que les dentistes seraient des empoisonneurs, affirmation qui ne repose selon lui sur aucune étude médicale sérieuse, et estimé que l'article d'Estelle Vereeck nuit à l'image de la profession.

Risque environnemental évoqué
Un dentiste a cependant reconnu que les quantités de mercure relarguées dans la nature, par la crémation en particulier, pouvait poser problème et qu'il serait sans doute nécessaire dans le futur d'envisager un matériau de substitution à l'amalgame. Il n'a pas précisé s'il souhaitait que la substitution se fasse rapidement.

Information qui dérange
Certes, ces réactions ne reflètent pas l'opinion de la totalité des dentistes mais certainement d'une majorité et en tous cas de ceux qui ont jugé opportun de se manifester ou plus probablement de ceux que l'article a dérangé. Car d'évidence, la récente décision de la Norvège dérange. C'est ainsi que l'événement n'a pas été médiatisé (hormis l'article d'Estelle Vereeck recopié par certains sites) et qu'un site d'information médicale a purement et simplement effacé un commentaire qui en faisait mention.

Réactions prévisibles
Ces réactions sont en complète adéquation avec le discours officiel. Rappelons que l'Affsaps dans son rapport du 21 décembre 2005 a blanchi l'amalgame dentaire faute de "preuves d'une relation de causalité entre la présence d'amalgames en bouche et les symptômes ou pathologies systémiques". Bref, rien de nouveau sous le soleil de France où les études qui mettent en cause la toxicité du plombage ne sont pas considérées comme "sérieuses".

Quant aux partisans d'une dentisterie sans mercure, écologique, respectueuse de l'individu comme de l'environnement, ils se sont tus. Et c'est bien dommage.

Réflexions
Les arguments sur la solidité de l'amalgame sont parfaitement justifiés. C'est à sa grande résistance doublée d'un coût très bas que l'amalgame doit sa grande popularité. Facile et peu onéreux: ces deux qualités expliquent le succès non démenti de l'amalgame au mercure depuis plus de 150 ans. Contrairement au composite qui exige un champ opératoire parfaitement asséché, l'amalgame tolère la présence de sang et de salive. Sa manipulation, extrêmement simple, n'exige aucune dextérité manuelle particulière et un plateau technique réduit. À tel point qu'à ses débuts, ce furent des non dentistes qui ont popularisé le plombage. Pour plaisanter, certains dentistes disent même qu'on peut poser un plombage rien qu'en le tassant avec le pouce!
Les qualités bactériostatiques, considérées par certains comme un avantage car il réduirait les risques de récidives carieuses, sont dus à la présence d'argent et de mercure dont la toxicité tue, entre autres, les bactéries. Le seul problème est qu'il ne fait pas le détail entre les bactéries cariogènes et les autres, conduisant à un déséquilibre de la flore buccale.
En ce qui concerne la toxicité du produit, nous renvoyons le lecteur aux études contradictoires faites sur le sujet. S'il souhaite en savoir plus, le lecteur se fera son opinion en lisant la rubrique Plombage-dangers du Pratikadent dont un extrait est disponible sur le site des éditions Luigi Castelli ainsi que la bibliographie.

* Lire
la réaction du Pr M. Goldberg dans un journal syndical dentaire paru le 28 février 2008 (sur le site des éditions Luigi Castelli).

Les enjeux économiques du plombage sont abordés dans La fin du plombage est-elle pour demain ?


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Tag(s) : #PLOMBAGES au mercure